Potomitan

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Partie 4

Igor et le carnaval

Partie 1: Le rêve d’Igor

 

Écrit exclusivement pour Potomitan
par
Dominique Lancastre

 

Photos F.Palli

Andréa arriva à la maison des animaux toute triste. Elle s’était fait une opinion bien meilleure d’Igor. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait changé subitement. Elle ne comprenait pas pourquoi cette insensibilité. On eut dit qu’Igor avait perdu la tête et qu’il ne s’intéressait qu’à lui-même. Sa désinvolture mélangée à son égoïsme avait laissé Andréa perplexe. Elle était soucieuse à présent sur le sort réservé aux occupants de la maison aux animaux. Le maître semblait avoir des problèmes et elle avait vu arrivés plusieurs hommes en cravate. Ils avaient fait le tour de la propriété et ils avaient compté tous les animaux, toutes les machines. Tout ce remue-ménage avait contrarié le maître. Il semblait être agité, il ne s’occupait plus d’eux comme avant. Et, la mort d’Agoulougwanfal était le début d’une longue histoire à venir.

Sur le chemin du retour, Andréa rencontra Berte qui prenait son bain de boue. Andréa ne comprenait pas cette habitude qu'avaient les cochons de vouloir à tout prix se salir, en se roulant dans cette eau sale boueuse. Dieu merci, je suis un mouton, elle pensa. Je n’aurai pas pu supporter mon corps dans la saleté de cette façon.

Berte «Ah!» dit Berte. «Je suis enfin propre. Il n’y a rien de mieux qu’une bonne toilette boueuse.»

«Une bonne toilette boueuse!» répéta Andréa.

«Oui cette chaleur accablante me fondait tous les poils sur le corps. Je pouvais à peine poser mes pattes sur la terre brûlante.»

«Je vois» répondit Andréa en pensant que les cochons ont une conception bien particulière de la propreté. Berte se secoua de toutes ses forces faisant éclabousser de la boue tout autour d’elle.

«Hé, hé, hé tu pourrais faire attention à mes poils.» béla Andréa.

«Quoi? Tu devrais en faire autant. Un bain de boue ne te tente pas ho! ho! ho!» grogna Berte.

«Ne sois pas ridicule Berte je n’ai aucune envie de me rouler dans cette sale… ce bain particulier.» elle se reprit au dernier moment.

«Cette sale quoi…» Berte reprit.

Berte allait se vexer quand Andréa changea de conversation.

«Pauvre Agoulougwanfal» elle dit.

«Oui. Et nous devons être vigilants, le maître semble avoir des problèmes. Ses ennuis financiers pourraient bien nous coûter à tous la vie.» dit Berte.

«Nous devons donc agir au plus vite.» répondit Andréa.

«Mais, que veux-tu dire par ennuis financiers, Berte!» dit Andréa.

Puis elle ajouta: «Excuse-moi d’être aussi mouton.»

«Mais, c’est ce que tu es. Sinon tu te roulerais dans la boue comme moi, n’est-ce pas?» répondit Berte.

«Nous devons nous organiser.»  répondit Andréa.

«Organiser? C’est le carnaval il ne faut rien demander aux occupants de la maison aux animaux».

«Où est Igor?» demanda Berte.

Andréa secoua la tête en signe de déception. Mais, elle ne dit rien à propos d’Igor. Elle ne voulait pas raconter sa rencontre avec Igor.

«Il vit sa vie et il a l’air de bien s’amuser.» lança Andréa.

Au fur et à mesure qu’Andréa et Berte s’approchaient de la maison des animaux un vacarme se faisait entendre de plus en plus.

Sous un rythme endiablé de Voukoum toute la maison aux animaux était en effervescence.

Andréa accéléra le galop laissant Berte à la traîne. Berte essaya de la suivre mais ses mamelons pendants se ballotaient de droite à gauche.

Elle dut ralentir la course, car dans la chaleur de l’après-midi elle commençait à baver malgré le bain frais de boue qu’elle venait de prendre.

Andréa arriva la première sur la scène carnavalesque qui se déroulait.

Une musique à défoncer les oreilles et des chants en tout genre envahissaient la propriété.

Tous les animaux chantaient et dansaient dans la cour en formant un défilé qui laissa perplexes Andréa et Berte.

En tête de cortège Souky un petit cabri couvert de tulle blanc ouvrait le défilé.

Il était suivi d’une flopée de poules qui caquetaient et de coqs qui s’égosillaient en de cocorico.

coq Léon le grand coq à la queue en panache et aux plumes noires et dorées battait des ailes et faisait bien savoir qu’il était le meilleur de tous.

Il était suivi d’un groupe de poules blanches qui caquetaient à chaque fois que Léon s’arrêtait de chanter.

Derrière elles des poules dorées faisaient des zigzags, essayant de maintenir une chorégraphie mal préparée.

Dorothy s’énervait après ses congénères les dindons. Elle avait décidé que toutes les crêtes devaient rester allongées et pendre du côté droit. Ce qu’elles avaient du mal à faire et à chaque gloussement, elles devaient toutes ouvrir les ailes et allonger le cou.

Elle avait mis au point depuis des jours cette chorégraphie et aucun des dindons ne semblait vouloir la respecter.

Les oies avaient rejoint le défilé en claquant le bec, on entendait des «coins, coins» intempestifs qui ponctuaient leur démarche.

Les lapins eux sautaient et gambadaient brutalement puis s’arrêtaient pour faire un tour sur eux-mêmes.

Benoît le grand lapin de la garenne qui prétendait être sage et ne parlait que de saints avait oublié toute sa sagesse religieuse et toutes ses prières.

«Mais que se passe-t-il?» dit Andréa.

«Il se passe que tout le monde n’a rien à faire de l’avenir.» répondit Berte. «Buvons, mangeons demain sera un autre jour.»

Simone la plus agitée des oies passa devant Andréa et Berte et fit:

«Coin, coin, coin, coin, coin!»
«Coin, coin, coin, coin, coin!»

Elle secoua l’arrière train, gloussa et toisa Berte et Andréa. Puis elle rejoint le reste dans le défilé.

«Quelle effronterie!!!» fit remarquer Berte à Andréa.

«Simone ferait mieux de s’occuper de sa marre qui s’assèche de jour en jour au lieu de secouer le croupion» dit Andréa.

«Tant mieux.» dit Berte. «Quand la marre se transformera en boue, j’aurais deux endroits où me refaire une beauté.»

À peine eut-elle fini de grogner sa dernière phrase que Scarletta la paonne déguisée en paon toutes plumes ouvertes en roi de carnaval surgit en faisant la roue et en criaillant.

 «Voilà le plus beau!» dit Berte en se moquant.

«Il ne manquait plus qu’elle» ajouta Andréa.

Ni Andréa, ni Berte ne supportait Scarletta.

La paonne ne se prenait pas pour n’importe qui.

Plus d’une fois elles s’étaient disputées dans la maison des animaux. Même le maître avait dû intervenir.

paon
Le crabe Alex les pinces dévorantes et voraces grandes ouvertes, prêtes à ramasser toutes les miettes fit son entrée burlesque que même Andréa et Berte eurent du mal à contenir leur rire. Il avait l'air si ridicule. Que venait-il faire dans ce défilé au risque de se faire piétiner et se faire arracher les pinces?

«Il est vrai que les crabes sont les meilleurs éboueurs.» dit Igor.

Dans le vacarme qui sévissait. Andréa et Berte n’avaient pas entendu Igor arriver.

«Berte, Berte!!! Andréa, Andréa!!! je dois vous parler. L’heure est grave.» dit Igor. Igor

boule  boule boule

Conte de Noël: Les cochons font la grève

Première partie: Le rêve d’Igor

Deuxième partie: Igor consulte les anciens

Troisième Partie: Igor et les quatre chèvres blanches

Quatrième Partie: Igor et le carnaval

Cinquième Partie: Igor et le Bassin aux Eaux troubles

Sixième Partie: Igor et le massacre des crabes

boule

 Viré monté